Anatomie d'un Habit

Anatomie d'un Habit

 

 - Temps de lecture estimé à 10 min -

Du dessin à votre penderie, vous êtes-vous déjà demandé comment on fabrique un vêtement ?

UN EXEMPLE : UN SLIP

    1) Confectionné dans un atelier français par un artisan (probabilité 0,002%) ?
    2) Cousu par une machine dans une usine roumaine (probabilité 65%) ?
    3) Assemblé par un mineur/un ouvrier sous-payé dans une province du Bangladesh (probabilité 44,998%) ? 

Dans l’immense majorité des cas, ça n’aura jamais traversé votre esprit. C’est normal, le système est fait pour. 

Les méfaits de la surconsommation vestimentaire représentent au mieux une association d’images vagues d’enfants sales rapiéçant des jeans, les pieds nus dans un champ jonché de boîtes de conserves rouillées.
La dissimulation du problème est pensée pour nous absoudre avant même d’envisager pécher (hello la B.A. marketing). 

Partons du principe que le sujet vous intéresse, ou que suite aux pérégrinations hasardeuses du worldwildweb, ce petit topo arrive à vous capter.  

LE SLIP, REVENONS-Y 

1) Point de départ : le sol, jusqu’ici basique. Un morceau de terrain duquel on extrait fleurs et fibres par une récolte, suivie d’un tri et d’un nettoyage 

 

2) La filature: précédée par une préparation des fibres. Comprendre additifs, lubrifiants, humidificateurs en masse, joyeusement éliminés ensuite dans les eaux d’usage

 

3) Le tissage : les fibres deviennent tissu.
Pour ce faire, on encolle, on use de divers auxiliaires pour l’ennoblir tels que des teintures et des apprêts de synthèse. Le tout confère à la matière son toucher, ses effets visuels et ses caractéristiques imperméables, ininflammables etc. 
 

J'ABRÈGE, ÇA COMMENCE À RESSEMBLER À DES BRISTOLS DE PARTIELS

 

À partir de là, on a le choix : (attention, listing académique) acrylique, angora, cachemire, coton, élastane, faux cuir-fausse-fourrure-faux daim, goretex, jersey, laine, lin, lycra, nylon, polaire, polyamide, polyester, soie… 


4) Les teintures principales
: une manière efficace de balancer avec enthousiasme des colorants toxiques dans les eaux claires, leur donnant ainsi la couleur dominant la saison sur les podiums, via des bains de lavage, de coloration puis de rinçage. Une fois, deux fois, trois fois jusqu’à plus soif… Une métaphore comme une prophétie auto-réalisatrice: l’assèchement littéral de l’eau planétaire (Fashion dramaqueen, prière de ne pas juger)


5) Découpe et assemblage:
dans un atelier de couture ou un building insalubre, par des ouvriers qualifiés ou des mineurs, rétribués à la hauteur de leur travail ou 0.15 cent par pièces, 4 mois sur 12 de l’année


6) Conditionnement : plastique. Con mucho gusto


7) Acheminement:
équation à empreinte carbone variable 


8) Distribution

Nous achetons/vous achetez.

Déballez, portez / lavez / portez / lavez x fois, vous lassez ou estimez avoir usé suffisamment le-dit sous-vêtement pour vous en défaire pour un neuf, dans le meilleur des cas (1/10)
OU
Vous rencontrez dans les semaines qui suivent une pièce du même acabit avec plus de cachet, achetée au détriment de l’ancien -peu usé- remisé au placard, donné ou jeté (9/10) 

 

 

DANS LES FAITS

Réalité statistique

 

De part sa production de masse, l’industrie de la Mode et du textile est la deuxième la plus polluante au monde. Un kilo de coton requiert 20 000 litres d’eau, équivalent au remplissage de 110 fois une baignoire. 2000 à 8000 produits chimiques sont nécessaires pour transformer les matières premières en vêtements. 1/4 des produits chimiques au monde sont destinés au textile industriel.

Cela n’a pas toujours été.
La fast fashion  à l’origine de ces méfaits est un terme qui représente la consommation en matière de Mode comme celle de la mal bouffe, la fastfood.
Des collections renouvelées jusqu’à chaque semaine, fabriquées à la va vite sur des sites délocalisés où la survie des entreprises dépend de leur compétitivité, basée sur une chose: le prix.
Ils sont donc réduits au minimum et ont pour ça deux leviers: 

  • Les employés: réduction maximale des salaires, retards ou absence de paiement, ignorance des frais liés aux conditions de production: sécurité du lieu de travail, garantie des droits sociaux miniums, à titre d’exemples
  • L’environnement : achat de matériaux bas de gamme les moins chers du marché, absence totale de gestion des déchets rejetés dans un environnement poubelle

Crédits photo Campaign 2017 - @STELLAMACCARNTEY

Loin des yeux mais dans la poche, le pouvoir d’achat du consommateur devient son objet de servitude: à mille lieux de cette réalité statistique devant un rayon soldé, la fastfashion nous a habitué à une culture de l’achat compulsif à usage unique, sollicités en permanence par les campagnes publicitaires. Il est ainsi tout en douceur devenu normal pour chacun de faire l’achat d’une pièce par mois dans une grande chaîne.
On ne sait plus ce que l’on porte ni pourquoi on s’habille. Le style est anéantit, remplacé par une déclinaison de clones alignés dans les transports en commun, qui oublient la hit-pièce qu’ils ont sur le dos à la seconde même où la prochaine campagne de pub les agresse, c’est à dire le prochain arrêt de métro. 

Crédits photo Clones @DAISUKETAKAKURA  

Or, le style est un vecteur d'expression qui doit être personnifié pour exister. Nous sommes ce que l’on porte, c’est par essence l’image première que l’on donne de soi à son prochain. Extension du moi comme une confiance en soi qu’on enfile chaque matin, parce qu’on sait qui l’on est à travers son vêtement. Et l’industrie s’adapte aux exigences du consommateur.

LOIS & LABELS

L'ÉTIQUETTAGE

Il n’existe pas d’obligation légale de mentionner l’origine du vêtement, dont le marquage est facultatif et volontaire.  La loi est ici

« FABRIQUÉ ICI / MADE IN » 

L’origine géographique d’un produit ne signifie ni ne garantit rien de légalement précis.
De même qu’elle n’est pas obligatoire, le pays désigné correspond à celui par lequel le vêtement est passé à une des étapes de sa fabrication, du design à la couture de l’étiquette (cf ci-dessus).
Cette appellation n’est pas un label, et ne gage pas de l’éthique de production d’un produit. 

Les labels sont générés par des collectifs privés, associations et fédérations dénuées de tout support d’État, notamment financier. Ils sont ainsi préservés des formes de corruption sacrifiant l’éthique à la faveur de marges économiques.

De façon non-exhaustive, les plus courant sont :

 

- Le label équitable/fairtrade : garantissant que la préservation de l’environnement, des ressources, le respect du droit international du travail.
Une rémunération juste, une couverture sociale, des conditions d'hygiène et de sécurité, le refus du travail des enfants sont vérifiés sur l’entièreté de la chaîne de production.
Une partie des marges est reversée au producteur pour le développement et l'acquisition de compétences supplémentaires.

- Certification « Organic »: garantie par la Soil Association Organic Standard, elle garantit l’emploi de matières premières issues de l’agriculture biologique, de matériaux de transformation issus de l’AB, l’absence de transformation génétique des produits (OGM) et un pourcentage de fibres biologiques dans les produits recyclés.
Elle assure également que l’environnement de travail est sécurisé, que les employés sont rémunérées décemment,  qu’aucun d’entre eux n’est mineur ou forcé au travail. 

Parmi eux… (Bristol© again) :

GOTS Global Organic Textile Standard
ECOCERT
Max Havelaar
Fairtrade mark, label de produits & Fair Trade WFTO organisation d’entreprise
Fairmade
Country of origin, label de produits
The Green Carpet Challenge : délivré par le collectif Ecoage, mouvement et entreprise fondés par Livia Firth - Voir plus bas: LES INSPIRANTS

Plus d’infos chez Fairtrade International et dans le guide des labels.

RECONNAISSANCE ET PROMOTION D'ARTISANAT D'ART

- Made In Town & le salon Maison d’Exceptions: mise en lumière du savoir-faire des acteurs internationaux de la Mode
- EPV: Entreprise du Patrimoine Vivant, marque de reconnaissance de l’Etat mise en place pour distinguer des entreprises françaises aux savoir-faire artisanaux et industriels d’excellence

Crédits photo @INDUSTRYOFALLNATIONS

LA CHARTE THEGOODGOODS A.K.A CE QUI NOUS IMPORTE

 

(S’) IINFORMER CONSTITUE TOUT L'ENJEU 

Tous les produits présentés ici ont fait l’objet d’une étude de sourcing approfondie. 

Les marques éligibles à publication sont en mesure d’effectuer une démonstration claire et traçable des conditions de production et de responsabilité sociétale de leur entreprise.
Pour autant, nous pensons que l’indulgence est une qualité nécessaire au changement et nous croyons que l’incitation douce à la consommation éco- et humainement responsable est plus efficace qu’une attitude moralisatrice. 

Thegoodgoods est un magazine bienveillant, qui montre modestement la voie à qui veut bien s’y intéresser, tant le consommateur que le créateur.
Nous savons que le lecteur qui modifie ses habitudes vers une consommation responsable ne peut pour autant être absolutiste. Et nous nous méfions de l’absolu qui doit rester un but vers lequel tendre, et non une contrainte paralysant l’action. 

AINSI 

  • Nous n’exigeons pas des marques qu’elles soient 100% certifiées bio ou fabriquées localement, ni ne réprimons l’usage de certaines matières animales, notamment les cuirs recyclés.
    Ce sur quoi nous ne transigeons pas, c’est la disponibilité et la véracité des informations communiquées par les marques, secondairement vérifiées attentivement par nos soins (ce qui nous permet de partir kiffer lors d’un WE-baluchon dans de belles régions du monde à la rencontre des acteurs de la chaîne, des designers aux ateliers)
     
  • Nous pensons qu’un plaisir ponctuel savamment dépensé dans un produit à l’impact carbone goulu en transport (ie fabriqué au Pérou) vaut mieux que plusieurs achats de made in EU bâclés

    Ainsi nos produits peuvent être fabriqués en Europe et dans le monde, mais dans le strict respect des conditions imposées par notre éthique éditoriale, dont l’achat valorise l’Homme ou la Femme qui travaille, épanoui, dans un environnement sécurisé pour un salaire décent.
    De fait, seuls les produits Made in France réellement fabriqués en France sont présentés ici. Et le plus souvent à la main ou de manière artisanale; parce que le caractère unique d’un produit fait-main lui confère une valeur ajoutée qui crée du lien et lui donne du sens
     
  • Nous rêvons d’une consommation raisonnée, tractée par le désir que suscite une belle pièce.
    La dimension artistique de la Mode s’est perdue dans l’offre des collections multiples et des vêtements dont la piètre qualité les rend quasi-jetables. Il est essentiel que le consommateur s’interroge avant même d’agir, sur l’utilité d’un nouvel achat et prenne conscience: #petitun du bonheur de s’offrir un objet de belle qualité qui durera #petitdeux des méfaits d’un achat rendu compulsif par la publicité vorace et déculpabilisé par une omerta industrielle #toutàfait
     
  • Nous plaçons au centre de l’action la belle responsabilité du pouvoir d’achat du consommateur.  En effet, le « pouvoir d’achat », signifie que le portefeuille fonctionne comme le compas orientant la production vestimentaire. C’est comme le bio dans la bouffe : plus on en veut, plus les industriels se bougent, mais surtout plus la part belle est faite aux producteurs locaux 

L’ensemble de ces engagements s’appuie sur une forte dimension humaine, une nécessaire proximité et un échange direct avec les marques et artisans bénéficiant de notre visibilité. Ces relations constituent pour nous un gage de qualité

On rencontre des gens, on communique, on les aime. On vous en parle.  La médiation numérique est un outil secondaire.

L’Humain domine le digital. 

 

Crédits photo @FASHIONREVOLUTION

LES INSPIRANTS
 

ANNE-SOPHIE NOVEL - Twitter
De moins en mieux http://www.demoinsenmieux.com/
Journaliste, blogueuse et consultante française spécialisée dans l'écologie et les alternatives durables qui associe un Doctorat en économie à une forte expérience, au service de l'innovation sociale et l'économie collaborative. 

LIVIA FIRTH Ecoage
Société de consulting dédiée à la Mode responsable, Ecoage a été fondée par Livia Firth pour guider les entreprises à implémenter la justice sociale dans leurs chaînes de production écoresponsables, notamment dans le domaine de l’extraction de matière premières et la fabrication textile. 
A l’issue de ces efforts, le respect d’un cahier des charges strict leur permet d’obtenir le label GCC, Green Carpet Challenge Brandmark, qui garantit que l’emploi par l’entreprise d’une politique de justice et de responsabilité sociale, ainsi que son investissement pour l’environnement. 

SASS BROWN - Site
Designer, journaliste, conférencière et auteure. Experte en Mode éthique et slow design, elle considère l’upcycling comme la solution écologiquement viable pour une consommation durable à l’échelle planétaire. 
Elle dirige la School of Art & Design au Fashion Institute de New-York et influence des milieux associatifs, les institutions éducationnelles et les multinationales sur quatre continents. 
Elle est l’auteure de Eco Fashion et Refashioned (à commander avec amour chez le libraire du quartier, plutôt qu’avec bigdata sur la G.A.F.A.M planet)

ViIVIENNE WESTWOOD Twitter
Génie créateur. De l’audace, format géant. 
Vivienne Westwood est une styliste de renom qui sert la création avant sa consommation. 
Elle recycle les cuirs usagés pour ses collections, n’a jamais utilisé de fourrure, et lutte en faveur d’une Mode responsable axée sur l’achat réfléchit, consciencieux et qu’on entretient pour qu’il dure. 
Buy less. Choose well. Make it last.

Activiste auprès de Cool Earth et Green Peace, elle a créé deux collections de T-shirt à message 100% upcyclés dont la production a généré 7500 emplois. 

YVON CHOUINARDTwitter
Fondateur de la marque Patagonia, entre deux ascensions glacières, pionnier de l’entreprise écologique et éthique, précurseur mondial du business responsable. 
Notamment auteur de Let My People Go Surfing. The Education of a Reluctant Businessman et Un business responsable, les leçons tirées de 40 ans d'expérience de Patagonia (à commander avec amour chez le libraire du coin plutôt que via la G.A.F.A.M)

LIDEWIJ EDELKOORT Site
Consultante visionnaire, Li Edeelkort est une experte des tendances qui sait les décrypter et les anticiper depuis plus de 40 ans. Sa passion pour la Mode ne s’est pas étiolée mais elle a perdu foi en son industrie. Elle est l’un des premiers leaders d’un mouvement de révolte anti-presse et consumérisme forcené qui pousse les créateurs à devenir des businessmen et les consommateurs à la compulsion d’achat dans un cercle vicieux consenti. 
Elle déplore la mort de la créativité et la perte des valeurs essentielles de l’art derrière l’habit, de la noblesse perdue du tissu dégradé au même titre que les petites mains qui le font. Boucle dépréciative. Une voix qui me porte de talk-shows en éditos. Elle est l’Editeur des magazines Bloom et View on Color

BERT VAN SONTwitter 
Fondateur de MudJeans, entreprise de prêt de vêtement au business model entièrement basé sur l’économie circulaire.
Fervent défenseur de l’Humain, activiste environnemental et passionné de Mode, Bert Van Son est convaincu qu’une autre consommation est viable. 
Dans son entreprise, rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ; tel le fils spirituel (et danois) d’Antoine Lavoisier. Chaque jean est usagé, découpé, recyclé, et proposé à la location au consommateur qui en est l’emprunteur responsable pour une durée d’un an. 
Mudjeans bénéficie du label Fair Wear et participe au Young Designer Programme of Fair Wear Foundation. 
Les matières premières sont certifiées GOTS et transformées par BCI, manufacture de haute qualité pour le prêt- à porter, basée à Seattle aux Etats-Unis. 

Alors, vous venez?