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Karl Lagerfeld Est Mort, Vive La Mode

Karl Lagerfeld Est Mort, Vive La Mode

 

Karl Lagerfeld Est Mort, Vive La Mode

 Héritage & futur de l'industrie du vêtement.

 

Chez Thegoodgoods, nous adulons la mode autant qu’on pleure ses méfaits. 

On chérit les créateurs, on adore leur inventivité. On remplit en permanence nos coeurs d’inspiration -terme si galvaudé- à la lumière des images réseautées, à la grâce des textures qui s’animent, à la vie fantasmée qu’on projette sur une silhouette de désir. 

On sait à quel point s’habiller peut changer une journée

Ce que la tenue révèle du personnage que l’on choisit d’incarner. Ce que le changement de Style au sein d’une même garde robe offre d’infini de possibilités, le plein pouvoir et celui de s’exprimer au monde à travers un look, avant même de parler.

On décrypte le message sous l’apparente frivolité.

Ce que les mouvements sociaux, des Suffragettes aux punks, des cols-bleus aux gilets jaunes, portent de revendications et de force identitaire à même le dos, systématiquement par ce vecteur-objet : le vêtement. 

C’est important, la mode.

Et si l’on choisit de pleurer la mort de Karl Lagerfeld à coeur ouvert, ce n’est pas parce que l’appel du like nous fait perdre nos horizons écologistes. Pas parce qu’on est résigné devant la complexité de la transition de son industrie. C’est justement parce qu’on respecte l’essence de son travail qu’on a l’ambition démesurée de la redorer entière. 

Crédits @FASHIONNETWORK 

Parce que l’inclusion et l’exemplarité sont les clefs.

L’industrie de la mode est gigantesque. Elle emploie 70 millions de personnes à travers le monde dont un million en France, elle régit l’économie mondiale, à hauteur de 150 milliards annuels pour la nôtre (1), et que là où les gouvernements trainent à faire imposer des normes, les grandes entreprises ont un devoir d’exemplarité (2). Il apparaît ainsi nécessaire de travailler dans l’inclusion plutôt que dans la punition, ne pas montrer du doigt, mais réfléchir ensemble aux axes du BIEN FAIRE

Inclure les grands noms de la mode, c’est faire le choix de normaliser d’emblée la notion d’éthique dans la mode. 

Supprimer les clivages entre l’écoconception et la malfaçon, le fairtrade et le trade obscure. C’est considérer qu’un vêtement conçu par une personne correctement rémunérée, dans des conditions de travail saines, relève des Droits Fondamentaux de l’Homme qui ne doivent jamais s’abaisser à une quelconque forme de transgression. C’est prendre pour acquis que la norme est de développer un produit de qualité, dont la matière première/la confection/la distribution/la fin de vie respectent la diversité et la temporalité des écosystèmes, simplement parce qu’ils font le lit de notre propre survie. 

Parce que la créativité est inépuisable, et qu’on ne peut pas en être avare. 

On ne peut pas brider l’impulsion du designer artiste dont la vision doit éclore non pas pour être consommée, mais bien parce que de façon cathartique c’est ainsi qu’il s’exprime. Ainsi la croissance-zéro ou l’absence de consommation est une utopie, nous le savons. En revanche, nous pouvons agir entre la magie du coup de crayon et la vie de l’objet-habit, en montrant aux jeunes designers la voie du bien faire. L’écoconception, un sourcing réfléchi de matières naturelles, la transformation des produits finis ou semi-finis existant via le recyclage, l’upcycling, innover  en faveur d'une conception circulaire qui s’intéresse autant à la fabrication qu'à la fin de vie du produit... C’est ce à quoi s’attellent si efficacement Ecoage, Global Fashion Agenda, ou les objectifs récents de Paris Good Fashion, tous phares dans la houle qu’est cette transition. 

 

Parce que la mode est une discipline prescriptrice. 

De tendances bien sûr, mais aussi de courants de pensées libérateurs - le tailleur. Elle peut porter la révolution des genres, casser les codes sociaux et de fait, être aussi le leader du changement de nos habitudes de consommation, et de toute notre relation au vêtement. La mode a donc, plus que n’importe quelle autre industrie, la force de mener au bon par le beau.
Personne ne savait mieux cela que Karl Lagerfeld : « L’atelier Chanel est devenu l’un des laboratoires de mode les plus innovants et les plus ambitieux de la planète ». (3)

Voilà pourquoi on aime la mode et on veut croire en son potentiel bienfaisant. 

Cliver la mode et l’éthique, c’est empêcher la synergie du collectif, c’est perdre le potentiel inestimé de la mutualisation des dispositifs de conception et de recherche pour une création écologiquement vertueuse et socialement responsable.
L’éthique doit devenir une norme à tel point que le concept doit-être oublié afin que d’ici quelques années la fast fashion soit aussi aberrante que l’est désormais le fait de fumer à côté d’un nourrisson. De la même manière que le bio n’a plus l’image du bastion résistant d’une poignée d’hurluberlus granivores en sarouel, au fond d’un magasin poussiéreux.

Parce que à la fin de la longue journée, la mort, la seule chose qui reste ne tient ni dans un compte en banque ni dans les biens acquis au cours d’une vie, mais dans ce que l’on a oeuvré pour l’humanité. Soi-même et son prochain. 
Pour l’avoir côtoyé de près, personne sur son lit de mort n’aurait souhaité passer plus de temps sur Facebook, personne ne regrette la Porsche qu’il n’a pas eue ou le palace où il n’a pas été. Ce que l’on regrette, c’est l’inaction, le manque de bonté. Ne pas avoir réfléchit à ce qui faisait sens. Ne pas s’être rendu disponible à une cause. N’avoir pas su dire ou partager ce qu’on est avec notre prochain, cet alter humain qu’on aime. À notre ère mondialisée, aimer son prochain, n’est-ce pas envisager l’espèce humaine dans sa globalité ? Donner de sa personne, écouter ses rêves qu’un enfant pourrait formuler dans la plus pure immatérialité.

Prendre soin du monde est une façon indirecte de prendre soin de soi.

Françoise Bonardel

En ce sens, nous en appelons aux entrepreneurs, aux créateurs, aux journalistes, aux consommateurs, à votre bon sens commun, à votre définition de l’éthique si éminemment subjective et qui finalement n’interroge que soi (4). C’est à vous qu’on s’adresse et qu’on demande de continuer de rêver. De créer. De porter. De la beauté qui corresponde aux standards de qualité digne de nous êtres-humains et notre écosystème. Une création belle, raisonnée, dans la lenteur nécessaire au processus de développement requis par notre environnement, créateur synergique sans lequel nous ne sommes pas. 

Afin que, nous aussi, à la fin de notre longue journée, puissions nous retourner paisiblement sur cette vie, certains d’avoir contribué à l’amélioration douce de celle de nos prochains et des générations à venir. 

Paix à Karl. Vive la mode. 

 

 

RÉFÉRENCES 

 

  1. IFM Paris - Bilan 2016 - Les chiffres de la mode 
  2. Il n’y a pas 36 façons d’influencer, il n’y en a qu’une : l’exemplarité. (Mais qu’est-ce que c’est compliqué…) par Céline Puff Ardichvili, Look Sharp pour Entreprise Contributive 
  3. Via Fashion Network 
  4. L’éthique est-elle aussi une affaire de logique ?  La conversation scientifique par Étienne Klein avec Ali Benmakhlouf