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Margiela S'en Fout

Margiela S'en Fout
Un Portrait du Créateur de la Maison Martin Margiela, à l'occasion de l'exposition rétrospective au Palais Galliera.  

Martin est Anonyme, untitled, sans logo. Il ne griffe pas ses vêtements, il les numérote en séries, les mêmes pour tout le monde.
Ses mannequins ont le visage souvent masqué pour focaliser la lumière sur l’Habit œuvre-d’art.
Ses lunettes nous rendent incognito, discrets -une fois n’est pas coutume- quand le monde est voyeur. 

Martin est un tout, transcendé dans le blanc, fantôme omniprésent qui marque sa génération en ayant conscience d'être rien ou pas grand chose.
Nul n'est mis en avant, pas lui plus qu'un autre, son collectif œuvre pour tous : la Maison Margiela est un ensemble créatif. Lui seul ne veut pas exister aux yeux des médias, aux yeux des autres. L’individu s’efface et le collégial jaillit. 

Martin est Mystérieux, loin des créateurs mégalos screen-addicts de sa génération. Il ne connaît pas les photos et ne rencontre pas la presse, il ne dit pas la messe. Il transmet de temps en temps des mots rapides avec un fax, comme les missives de l'extrême, pour calmer les piaillements du grand monde impatient. 

Martin est un Beatnik, il crée des pièces artisanales uniques dans l’excellence des méthodes de tradition. Il reconditionne des objets ou des vêtements récupérés : ce qui est nouveau n’est pas plus intéressant que ce qui existe déjà. Il faut transformer le superflu, le rendre nécessaire. On a tort de penser tromper sa frustration avec du neuf, car l'émoi qu'il provoque fane dès l’instant où il est acquis.

Martin trompe l’œil, adapte la réalité pour changer nos paradigmes et opte pour un monde à la portée de chacun.
Construire à partir du brisé, déconstruire l’achevé. Il déforme les coupes et difforme les volumes, les lamés-froissés qu’on regarde deux fois car ils déstabilisent les lignes que l’œil connaît par cœur. Celles que l'on se rassure à chercher. 
Oversizer à 200%, coucher les lignes verticales sur l’horizon. Le monochrome, le futuriste, le subversif, l’insolite. La matière est détournée, boutée hors de sa zone de confort, de l’épaule amovible au manteau postiche. Ce que tu prends pour acquis ne l'est peut-être pas ? C'est à toi de reconsidérer les bases.



Martin abhorre la publicité. 

Martin est résilient, quand il réalise une exposition qui parle de lui, il soumet ses vêtements à l’exercice de l’altération : il trempe ses pièces dans des bains bactériens et les expose à l’air afin que la nature les métamorphose avec le temps. Le temps qui passe, abîme, altère, détruisant inexorablement les choses auxquelles on tient et auxquelles, lui le sait, il ne faut pas trop s’attacher. 

Martin ne triche pas, il aime l’imparfait. Il révèle l’envers, célèbre le déviant, détourne l’ancien et épure le moderne. Il dévoile les dessous des procédés créatifs. Une couture rendue visible est une balafre volontaire sur la beauté tronquée d’un monde d’images préfabriquées. À l’heure où l'on crève pour de la sincérité. 

Martin explore les lieux dont on ne veut pas, les repoussoirs - terrains vagues et gares délaissées - vers lequels le grand monde accourtdans le sillage des médias, finissant par se l'accaparer dans un mouvement de gentrification grégaire.

Martin s’efface et son âme est partout. Elle nous offre la possibilité d’être singulier dans la masse, un focus total sur le vêtement qui finit par animer celui qui le possède. Portable par tous, vécu par un. Les fils piqués au dos sont la cicatrice d’une griffe passée par là, un message non signé, une étiquette mirage. 

 

Martin s’en fout, il suit son instinct. Il fait comme il veut sans avoir la prétention de donner leçon. Il est au dessus de ce qu'on peut penser, il est de ceux qui auront dédié leur vie à créer des vêtements qu'on ressent.

- Exposition Martin Margiela - 

Du 3 mars au 15 juillet 2018 

Palais Galliera, Paris