Des vêtements responsables, habillent le langage corporel de styles bavards

FASHION RESPONSABLE, de l'Impact Environnemental & Humain de l'Industrie de la Mode

FASHION RESPONSABLE, de l'Impact Environnemental & Humain de l'Industrie de la Mode

Article adapté d'une publication initiale pour Womanspecter

Dans les méandres de l’internet, les mouvances se battent au quotidien : 

Lundi je serai veggie
Mardi un peu plus écolo
Mercredi en vélo. Ou voiture électrique.
Sans fourrure. Avec faux-fur. 

Chaque extrême m’est présenté avec un caractère un peu plus indispensable. Chaque mouvement pro zen/empathie pour les êtres vivants, un peu plus véhément dans ses revendications, autoritaire dans ses punchlines, culpabilisant mon mode de consommation. La durabilité a le vent en poupe, les vidéos choc et les conseils se multiplient pour devenir éco-responsable. Alors je suis à la lettre. Je m’arrête. Je me perds. À vouloir tout faire bien, je fais n’importe quoi. 
J’essaie de comprendre. 

Ainsi j’écoute: mon prochain m’expliquer qu’il mange végétarien pour des raisons éthiques, engloutissant devant moi sa pizza VG congelée, importée depuis la Chine, achetée dans un hypermarché. Taxe carbone 3012. 
Ainsi je m’étonne, devant les remontrances de celui qui ne cautionne pas la fastfashion, mais n’a pas encore découvert le tri sélectif. 
Ainsi j’observe, cette vieille dame se faire insulter dans son vison suranné. Trente ans d’âge et entretenu, faisant justement la nique à la fastfashion, dans une logique militante s’apparentant ici à un acte de recyclage. 

Le problème est pris à l’envers, on fustige sans savoir. Le bataille est menée à vide car les enjeux sont présentés sur papier glacé, loin des réalités de l’impact de notre consommation quotidienne. 
 

QUEL EST LE COMBAT?
 

Si la DS Meje du voisin me rappelle sans effort que le pétrole c’est mal, je n’ai pas la notion de l’aberration environnementale qu'est mon nouveau blazer (... sac-à-main, pochette, coups de coeur du mois riches en hydrocarbures). 
 

Pourtant les chiffres sont alarmant, vérifiés, et pénibles. 
Après l’exploitation des carburants, l’industrie de la mode et du textile est la plus polluante au monde. Un kilo de coton requiert 20 000 litres d’eau, équivalent au remplissage de 110 fois ma baignoire. 2000 à 8000 produits chimiques sont nécessaires pour transformer les matières premières en vêtements. 1/4 des produits chimiques au monde sont destinés au textile industriel

Ca dérange. 
Il me suffirait pourtant de plonger plus volontiers la tête dans mon tote bag en coton bio, en autruche accomplie qui ignore, donc vit avec. Mais le fait de ne pas savoir m’incommode davantage. Et laisse un goût amer à ce look exhibé, de pied en cap vêtu de production fast and furious fashion dont je me lasserai aussi vite que je m'en suis éprise, en gaspilleuse nuisible. 
Je ne peux plus ne pas m’interroger. 

 

Qui fabrique nos vêtements ? Comment ? Et à quel prix?  En déroulant le fil de cette réalité statistique, les réalités humaine et écologique font face.

Le caractère néfaste de la production vestimentaire de masse est alors une idée vague dans mon esprit. Stigmates d’enfants sales pieds nus dans un champ de boite de conserves et de tissus usés. L'abstraction du problème encourage à un dépeindre un tableau de photo contemporaine presque onirique pour mieux dédouaner les consciences. 
Mais voici les chiffres. 

A I L L E U R S

L’occident importe la moitié de la production vestimentaire mondiale totale. 
65% de celle-ci est issue d’Europe, Turquie et Roumanie en ligne de mire. Dans ces pays, l’industrie textile bénéficie de règles salariales spécifiques. L’employeur a l’obligation de salarier ses employés de manière à ce qu’ils subsistent. 

Subsister (v.i.): continuer d’être, se maintenir alors que d’autres choses ont disparu. C’est à dire survivre. 

Newstrust porte les mots de femmes citoyennes européennes payées environ 200€ par mois, ayant perçu 3 mois de salaire sur 12 en 2015. Car la législation tolère l’adaptation salariale en cas de pression d’une marque pour réduire les frais de production. Ces femmes, mères de fratries, dans des régions désertes d’emploi, ne peuvent commettre la folie de quitter le leur. 
M’octroyant ainsi le luxe d’un blazer à 24,99€. Made in Europe, ça doit-être réglo clame mon for intérieur.

Un peu plus à l’Ouest, les cours d’eau de la Chine sont bleus des toxiques échappés des teintures et des lavages de masse. 70% d’entre-eux sont pollués. Les éthoxylates rejetés ont détruit la faune à leur contact, tous les poissons sont morts. L’eau est contaminée, bue et intégrée dans les chaines alimentaires. Elle agit en puissant perturbateur endocrinien chez l’homme qui la consomme quotidiennement, induisant chaque année 60 000 décès prématurés parmi les 750 000 liés à la pollution du pays.

A Xintang, capitale mondiale du jean, de la manufacture familiale au géant industriel, les entreprises essaiment leur produits dans les rues de la ville. Le salaire moyen est de 0,15 yuan (1,5 centime) pour couper machinalement les fils qui dépassent. Tous âges confondus, de l’enfant qui sait marcher au vieillard qui reste assis, chacun voit défiler quotidiennement 200 paires entre ses mains. Pas de masque, pas de lunettes, pas de gants. Pas de protection cutanée.  L’occident - dont je fais partie - répertorie passivement les cas croissants de cancers, de naissances prématurées, de malformations d’organes et de retards mentaux. 

Manufacture de jean en Chine. Crédits Le Monde blog écologie février 2011

R É S U M O N S 

Tissu produit au Bangladesh, teinté en Inde, assemblé au Pakistan, une moyenne d’âge de 7-9 ans pour mon blazer bradé, passé entre les mains de quelques-uns des 17 millions d’enfants concernés par le travail. Volume horaire XXL notamment en black season, période terrassante précédent la livraison de nos collections d’été. 93 heures hebdomadaires, travail nocturne en sus, si nécessaire. 
Pour le bien fondé de mon (nouveau) bikini à l’approche d’un WE sudiste. Les travailleurs de grandes usines mangent et dorment sur place- coûts retenus sur leur salaires - pour assurer un volume horaire suffisant tandis qu’ils habitent des campagnes lointaines. La surveillance est constante, les portes fermées durant le travail. Pour assurer un rendement maximal et un absentéisme nul, les sorties en temps libre ne sont pas autorisées, les papiers d’identité sont confisqués, les menaces de renvoi classiques. 
Sur un autre thème, à la faveur du cuir exotique, l’Australie détient le record mondial de la destruction d’un écosystème. La peau souple des kangourous est la cible des modèles de sport. Des gants de boxes aux runnings, 7 millions sont vendues annuellement. 

 


Fiasco humain, animal, écologique. 

Ajoutons à cela la contribution à l’effet de serre : pour viser juste, chaque vêtement est à multiplier par 20 fois son poids. Le total lié à la production de vêtement représente de 16% des émissions mondiales. 

I C I

Que suis-je alors, moi et les 70% de ma garde robe non portés? Une complice involontaire ? Une potentielle victime ? Et comment refuser de blanchir mon linge sale dans les rivières de Chine

Ces réalités dépassent l’entendement individuel et justement, ma capacité d’abstraction lors d’un achat. Impossible de remonter toute la chaîne de production et les kms au compteur de ce blazer dans mes mains depuis 3 minutes. Anticonscious au possible, hello Mr Marketing. 
Je prends quelques secondes dans l’espace-temps arrêté d’un mall géant aux néons chaleureux: cette fringue si indispensable à l’instant t concentre savamment les quatre domaines au plus grand impact environnemental: confection du tissu/teinture - finition/transport/distribution
J’en suis là, précisément : dans la chaine de flou éloignant avec brio le client individuel de la réalité du problème. À la manière du mort-au-kilomètre, l’impact humain et écologique de mon anodine (et nième du genre) veste s’est perdu dans l’opacité des informations manquantes sur les chaines de productions. Je ne sais pas ce que j’achète, ce que je porte, qui ou comment mon achat rétribue.

Le scandale du Rana Plaza vieux de trois ans est relaté comme un lointain fait divers. 1150 personnes sont mortes ensevelies sous le taudis de briques et tôle ondulée d’un leader de la fast fashion. Pour panser la plaie de son image de marque, il commémore avec grandeur médiatique le désastre humain passé. Mais peu est fait pour améliorer les conditions actuelles de production. Le conscious est plus cher à produire, donc les prix augmentent pour conserver les marges. La partie fast reste lowcoast comme la vie des petites mains à qui elle doit son existence, et moi mon f-u-c-k-i-n-g blazer. 

 

RANA PLAZA - 24 Avril 2013, Bangladesh

Ça incommode. Sans doute, comme moi, vous pensez déjà connaître l’histoire. 


M A I N T E N A N T

Les chiffres sont des indicatifs, non des actions.  
Le concret m’intéresse davantage, et acheter plus cher n’est pas une réponse viable.

Alors, que faire?

a) Boycotter les grands groupes? « Oui, mais les autres continueront d'acheter ». 
b) Fabriquer ses vêtements ? Oui, mais les DIY sont bons pour les comptes Instagram ou pour le tuto déco d’un dimanche de novembre, la pluie nous engageant à customiser notre cocon. Pas pour se faire un dressing. 
c) Mettre un bras dans la collection vegan d’Amélie Pichard x Pamela Anderson ? Economico-stylistiquement surréaliste. 

Tel que l’enjeu est présenté, s’habiller éthique signifie faire à fond ou ne rien faire. Pourtant je me reconnais partout et à la fois nulle part lorsque je lis les notices bien pensantes de green révolutionnaires m’assaillant sur la toile. J’en cerne les enjeux mais leur ascétisme m’effraie. Plutôt que de craindre, je voudrais comprendre.

Comment vivre sereinement ma consommation comme une récompense, pas un crime de lèse-majesté environnementale ?

Comment faire de la mode durable une réalité plutôt qu’une formule passe-partout, gadget rhétorique pour débats dominicaux ? 
 

Je pars de mes acquis. 
Ne pas acheter ne marche pas chez moi. Je suis béate d’admiration devant les gourous minimalistes mais cette tentative de restriction drastique s’est soldée par une rechute-échec quelques semaines après la purge, comme un revers de monodiet. J’ai conscience que le consumérisme -au sens sociologique - fait partie de mon mode de vie. À moins de vivre en ermite, impossible de remonter à contre-courant une offre foisonnante et casser mes habitudes de changement permanent. Je peux cependant le limiter, faire moins pour faire mieux. La dimension introspective de cette démarche est réelle mais il faut des modèles à suivre, et un état des lieux documenté sur le sujet.

R E P E N S E R  L E  S Y S T È M E  O U  N E  R I E N  C H A N G E R
 

Il existe de multiples manières d’implémenter équité et protection environnementale dans l’industrie du vêtement.
Penseurs et scientifiques et universitaires offrent une série d’essais sur le concept principal de la durabilité: comment fabriquer, porter et éliminer un vêtement sans nuire à la planète. 

À  L ’ É C H E L L E  D E S  I N D U S T R I E L S
 

Cela passe par la production agricole biologique, l’application stricte des conditions humaines pour les producteurs de vêtements, la qualité des pièces conditionnant leur durée de vie et le recyclage. 

À  M O N   É C H E L L E
 

Le rôle est de taille, puisque directement répercuté sur les chiffres de vente des chaines de production. 
Le concept n’est pas de moi, mais de Lilly Cole, qui croit en l’image du consommateur roi, guidant l’industrie par le bout de son portefeuille. Le pouvoir d’achat ne serait pas un pouvoir pour soi, mais un pouvoir à exercer sur l’autorité industrielle. Dès qu’on parle de dépenser, ça devient plus concret. 
Et quand il y a un marché, cela devient bite un trend. Pharrell Williams collabore depuis 2014 avec G-Star Raw, designant une collection capsule intégralement composés de fils réalisés à base de déchets de plastique récupérés en mer et recyclés... Et financièrement accessible. 

Crédit photo @ADIDAS

Initiative réunissant aussi Paul Watson et Vivienne Westwood autour d’une tasse de thé durant la COP 21: la couture devient un vecteur pour sensibiliser les fashionistas à la protection de océans.

Lilly Cole voit juste. Les industriels se plient progressivement à la volonté des consommateurs. La mise au pas vers le fair & sustainable se dessine en condition sine qua none du futur vestimentaire, dans le luxe, initié par Stella Mac Cartney comme dans le prêt-à-porter chez Inditex, Levi's. Le forum économique mondial de Davos  annonce le business de l’industrie textile à l’aube de sa 4ème révolution, le groupe Kering fait part de la résilience de la des marques face au changement climatique dans un communiqué officiel. Ensemble témoignant d’une double évolution dans le marché, prônée par Amélie Pichard à travers sa collection vegan: «des matériaux novateurs et raffinés ainsi qu’un changement radical de la perception de cette cause». 
Tout ceci n’ira pas sans un suivi de la consommation boulant la boucle verte : consommer green pour produire green, recycler. Agir en écosystème. 

Si la métamorphose émane des grands groupes, elle véhicule une idée neuve de durabilité du vêtement ET du changement dans le mode de consommation. Autrement dit : mon rapport à mon porte-feuille. Cette transformation est synonyme de bouleversement comportemental. Littéralement, au sens de l’art de me comporter. Avec l’autre, avec l’animal, avec ma copine Gaïa. Le greenthinking est un mode de vie qui ne doit pas être une affaire de mode, mais à intégrer à mon habitus. Il faut être prudent, encourager et surtout ne pas fustiger.

Adaptabilité, flexibilité, intelligence sociale. Être update : la mode durable n’est pas un it phénomène dont il faut se gausser, mais une réalité palpable à faire sienne.
 


Crédit @Daisuke Takakura

G R E E N  F A S H I O N -  S U R V I V A L  K I T
 

La sémantique du vêtement responsable. 
Il y a quelque chose du déchiffrage d’un compte rendu médical dans l’étude d’une étiquette. C’est bien pour cela qu’on ne les lit jamais. 
La conscience s’allège lorsqu’on sait qu’elles ne sont pas la bible et parfois même nous renseignent à tord. 
Tout est expliqué à ce sujet dans l'article ANATOMIE D'UN HABIT dont les infos se recoupent et qu'on ne remet volontairement pas ici. 

L E  N O U V E A U   D R E S S I N G

On en parle! 
Dans L'HABIT, le pourquoi du style et le comment du bien consommer, pièce après pièce.
Dans L'ANNUAIRE, la sélection des marques honnêtes avec des filtres facilitants les recherches. 
La SECONDE MAIN arrive very soon, les belles adresses de sape issues d'une époque où l'obsolescence programmée n'était même pas une vague idée (on ne parle pas de la fripe au kilo de tas de fast tâchée/trouée. Siouplé).
En attendant on la trouve .
Le prêt se démocratise chez HYLLA et L'HABIBLIOTHÈQUE pour mieux répondre à notre intarissable soif de nouveauté assez vite lassée. 
La CARTE répertorie les belles boutiques en France et en Europe où acheter responsable.

L’envie d’acheter responsable veut dire moins et mieux. Donc durable. Plutôt que de 10 équivalent-blazers cheap en 6 mois, une pièce couture deux fois par an qu’on portera encore dans 2 ou 5 ans, comme on remet avec un plaisir non dissimulé des beautés vintages de la garde-robe de nos grand-mères. À votre avis, quel sera dans 20 ans l’équivalent du 2.55 ?

Explorer la mode responsable est un exercice plus ludique que périlleux. On se doit de le décomplexer, à double sens : démocratiser son approche, déculpabiliser sa pratique.
Apprendre à considérer l’existence d’un cycle de vie du vêtement, objet vivant. Leur durabilité dépend de l’importance qu’on leur apporte, elle-même sous-tendue par le respect mutuel entre acheteur et concepteurs/fabricants/distributeurs.
Pour que cette même éthique s’impose avec les années.

Textiles à faible impact techniques, mono-matérialité, production zéro-déchets, upcycling, réparation, entretien et seconde-main: ces solutions laissent entrevoir la possibilité d’une mode pérenne. La consommation n’est plus associée à de luxueuses icônes irresponsables, ou des consommatrices superficielles au sein un marché écologiquement scandaleux. Elle peut-être, un modèle de conscience dans un système renouvelable à boucle fermée, dont nous sommes partie intégrante. 

Le savoir est un premier pas, une volonté consciente d’action individuelle au profit d’un ensemble. 
Les mœurs durables doivent entrer dans mon mode de vie résolument urbain, jusqu’à m’y confondre. Aussi naturellement que l’on a acquis dans un sophisme de communauté les effets néfastes du tabac pour la santé. 

Consciente que notre capacité d’adaptation influence positivement la mode responsable, et que celle-ci n’est pas une option marginale, mais est en passe de devenir la norme.  

LE RÉSUMÉ EN IMAGES (YES)
Par le génial Nicolas Meyrieux feat Swann Périssé

Victoire Satto